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Twitter, Facebook et les printemps arabes

Après des années de régimes dictatoriaux, l’année 2011 débuta par des mouvements contestataires agitant le Maghreb. Les autorités les ont  réprimés souvent avec violence, parfois avec des morts. En Tunisie, un homme s’immole. Les réseaux Twitter et Facebook sont abondamment utilisés pour relayer l’information .Celle-là, le nombre de blessés, de morts, les affrontements, des défaites de la police, de l’armée… Chacun de ces échanges entame peu à peu l’e-réputation du président  Ben-Ali. Il avait tenté de mettre en place un cyber-régiment pour museler Internet[1]. Peine perdu. Son régime sera le premier à tomber dans ce « printemps arabe ».

En Egypte, la mesure tentée a été encore plus radicale. Coupure du réseau. Peine perdue ! Des FAI improvisés se sont montés, le réseau de téléphone portable a fourni des accès… l’e-reputation du  président Moubarack n’a pu être protégée. La rue le renversera.

Au moment où nous écrivons, en Syrie, le Président syrien Bachar El-Assad, semble avoir réussi à museler Internet, il est encore en poste. Au Yémen, au Tchad, la rue est toujours en ébullition, Internet y semble moins utilisé. Bien-sûr, nous ne disons pas que ces régimes se sont écroulés uniquement à cause de la destruction de leur e-reputation. Mais il s’agit d’une des composantes qui a provoqué leur chute. Dans de nombreuses révolutions modernes (Pologne, Allemagne, Russie, Roumanie…), les destructions d’images ont suffi à révéler les faiblesses des régimes et à galvaniser les contestataires. Lors du Printemps arabe, ces destructions d’image se sont faites en partie sur Internet.

Comment les « Autoroutes de l’information », ont mutées en orgies de discussions puis en révolutions ?

Si proche et déjà lointain le web 1.0 fait référence à la première maturité d’Internet, soit la période allant de son apparition (aux yeux du grand public) 1996 en France, à 2006, l’arrivée de Facebook.

En ce qui concerne notre problématique, c’est-à-dire selon un point de vue communicationnel, cette première phase est divisée en deux sous-parties : avant l’apparition des blogs et après. La charnière se situant environ à l’année 2003. Avant cette époque Internet était très homogène, aux mains des rares individus et sociétés à avoir des connaissances techniques suffisantes, des serveurs et des moyens à investir. Les business angels désignaient les plus méritants autrement dit les plus potentiellement rentables… Tout au plus, les mails permettaient de faire circuler les contenus émis par d’autres. L’apparition des blogs, ou plus exactement dans un premier temps des plateformes de blogs, a offert des espaces d’expression inédits. Certes il fallait s’enregistrer auprès de ces sociétés privées, accepter leurs contraintes et limitations techniques, leurs graphismes er ergonomies, mais tout un chacun pouvait s’exprimer et faire valoir son opinion…au sein des opinions des autres. MySpace, Skyrock en France, hébergeaient les monologues de tout le monde. Quelques fonctionnalités entretenaient des échanges.  Les voix les plus fortes, les plus originales, les plus actives étaient rares à peser. Le besoin d’identifier ces inconnus prenant la parole sur la place publique s’est rapidement fait ressentir. Si des coordonnées de bloggeurs n’apparaissaient pas en ligne, s’adresser à eux ne nécessitaient « que » de contacter les hébergeurs de blogs. Les procès et leurs cortèges de jurisprudences veillaient à sanctionner facilement les voix jugées les plus radicales. L’affaire Altern devait marquer les esprits. D’autres ont suivis.

Le premier élément du 2.0, en tout cas à ses débuts, c’était l’apparition des commentaires. Sur les plateformes de blogs ces parties consacraient l’interaction de la communication. Un article, des commentaires. Ils étaient l’indicateur le plus direct des influences et influenceurs. Ce critère fonctionnant également sur les sites de presse. Liberation.fr revendiquait alors une majorité de la consultation de son site pour l’écriture et la lecture des commentaires. Les « trolls », personnages sous pseudo ou non, inondent les bas de page de commentaires haineux. Une nuisance ? Pas tout à fait. Ils ont comme effet second d’augmenter les pages vues, lors de l’écriture et encore plus par leur lecture…

Mais le 2.0 est officiellement né avec Facebook et Twitter, redistribuant les cartes des conversations, bouleverseront définitivement les rapports établis IRL (In Real Life). Pour les plus grands adeptes de ces réseaux, l’essentiel des rapports humains s’y déroulent. Il est possible d’y suivre tous les éléments d’une vie. Eléments factuels, communication phatique, humeur du jour, confessions, règlements de comptes, remerciements… Toutes les éléments de vie y sont racontés ou même montrés. Aux Etats-Unis un mariage sur cinq [1]est né d’une rencontre sur Internet en 2010. Dans le même temps 2 divorces sur 5[2] lui étaient imputables. Le réseau fait mais il détruit aussi. C’est lui qui a fait tomber des régimes entiers après que leurs e-reputations eurent succombé.